Je démarre un Food Truck

Une idée que j'aurai aimé avoir plus tôt...
Le spleen du mois de Septembre

 

Chaque année c’est la même chose: après la saison d’été intensive pendant laquelle je travaille 7 jours sur 7 et 14 heures par jour, ma motivation pour mon travail (que j’adore pourtant) baisse considérablement. C’est pourquoi durant les quelques mois qui suivent, en général de Septembre à Novembre -voire Décembre certaines années, il m’est terriblement compliqué de travailler malgré que l’on soit ouvert seulement les weekends avec des horaires plutôt courts.

La baisse de lumière et le changement de temps, froid, ou plutôt humide (ce qui est pire! en effet je préfère un temps froid et sec qu’un temps humide) n’aidant pas…

Pour vous donner une image precise de cette sensation, c’est comme les derniers kilomètres d’un marathon: une course de marathon fait 42 km et des poussières, et un bon coureur n’a généralement aucun soucis pour courir les 3/4 du parcours à une vitesse constante. Et puis aux environs du 30ème km survient ce qu’on appèle ‘le mur‘. Chaque pas demande un effort incroyable, les jambes paraissent terriblement lourdes et commence alors une épreuve mentale et physique.

Et bien c’est à peu près la sensation que je ressens quand je travaille durant les derniers mois de l’année.

L’été me vide et ne me laisse que peu d’énergie pour les quelques weekends d’Automne…

 

Comment l’idée d’ouvrir un Food Truck a germée

 

Donc, comme j’écrivais un peu plus haut, la fin de l’été est toujours un peu compliquée à gérer. Physiquement, mais surtout moralement. Et tous les mois de Septembre depuis cinq ans deux sensations se mélangent dans ma tête:

l’envie d’arrêter, et l’envie de créer encore plus et de développer mon café.

Ces deux sensations, apparemment totalement opposées, viennent en fait d’une lassitude d’avoir tellement travaillé pendant les longs mois d’été et d’avoir fait la même chose tous les jours.

Je ressens alors le besoin de changer quelque chose dans ma vie professionnelle.

Mon métier est passionnant et pleins de variations, comme par exemple:

  • la patisserie évidemment,
  • savoir faire différentes sortes de pains,
  • préparer des plats variés avec des ingrédients frais et de proximité pour nos lunchs et brunchs,
  • m’y connaitre sur le café et toutes ses variations,
  • et puis tout le travail de management, administratif, etc…

Chacun de ces métiers comme la patisserie, la boulangerie, la cuisine, barista et manager représentent des disciplines bien distinctes pour lesquelles y consacrer une vie entière ne suffirait pas…

Gérer un café de manière professionnelle vous oblige à connaitre tout ca.

C’est un métier extrêmement difficile, indéniablement. Mais c’est une école de vie extraordinaire. Comme je l’ai écris dans un article précédent (ici en anglais), c’est grâce à ce métier que je suis devenu un homme.

La période estivale est une ‘passion killer’, c’est à dire que même en aimant passionnément ce que vous faites, le fait de répéter ce travail chaque jour pendant 3 mois en étant de plus en plus fatigué et parfois stressé vous éloigne de votre passion première, cette passion qui vous a tant servie au moment de créer et de développer votre business.

Et puis pour tout vous dire, travailler en campagne a de nombreux avantages mais je ressens souvent le besoin de rester ‘connecté’ à la ville, sans toutefois y vivre. Travailler en ville et vivre à la campagne m’a toujours semblé être le compromis parfait. En effet, le fait d’être entouré d’autres personnes en journée peut aider à booster sa créativité et à garder une certaine énergie, et être au calme le soir dans sa maison de campagne permet de bien se reposer.

Je ne dis pas que cela mène au bonheur ultime, mais ce moyen de combiner travail et vie de famille me semble cohérent et me va très bien.

 

Le meilleur compromis.

 

C’est ainsi que l’idée de démarrer un nouveau business en parallèle de mon travail au café a germée.

Une alternative qui m’aiderait à relâcher la pression de mon travail au café, qui est mon seul moyen de gagner ma vie aujourd’hui, et qui me forcerait à faire quelque chose que je refuse depuis des années et qui est pourtant indispensable après toutes ces années: apprendre à déléguer.

Après avoir longtemps réfléchi et hésité, j’ai décidé que le meilleur choix serait de démarrer un Food Truck en ville, c’est à dire un camion-restaurant équipé pour la préparation et la vente d’aliments et de boissons. Et vous vous en doutez, le choix du véhicule est primordiale, que ce soit pour l’aspect esthétique et le coté pratique et fonctionnel de l’espace de préparation a l’intérieur du véhicule.

 

J’ai donc opté pour un Peugeot J7 de 1966:

 

 

Trouver un vieux camion français comme Peugeot ou Citroën (le Citroën HY se prête à merveille pour un Food Truck) à bon prix en Suède est un miracle, et celui-ci avait déjà servi de Food Truck donc l’occasion était trop belle!

 

Après quelques retouches, le voici prêt pour mon nouveau projet:

 

 

Choisir un vieux camion n’est évidemment pas l’ideal en terme de fiabilité, mais apporte un cachet indéniable à votre concept. Surtout quand celui-ci est la préparation de crêpes.

Nos crêpes et galettes auront meilleur goût grâce à l’image ‘authentique’ de notre camion!

 

Les avantages d’un Food Truck:

 

Ne plus être (autant) dépendant du personnel.

Je me souviendrais toute ma vie du jour où j’ai eu l’idée de démarrer un Food Truck: c’était le Lundi 8 Octobre 2018, je conduisais en direction de ma maison de campagne à Villstad Kyrkby, dans la région de Småland.

Le weekend s’était bien passé, malgré que 2 personnes travaillant avec moi étaient absentes, réduisant de 50% le nombre du personnel, ce qui signifie que l’on était ‘seulement’ deux pour faire un travail de quatre…

On a ‘fait le job’ tant bien que mal, et je me souviens avoir eu des difficultés à m’endormir le Dimanche soir. Je repensais à la journée en me disant qu’être autant dépendant de mon personnel est un sérieux handicap.

En effet, il est juste impossible de gérer le café en étant seul, et le minimum est de deux personnes. Mais c’est le strict minimum! Car quand on est que deux, je sais que l’on va souffrir…

Le nombre idéal de personnel au Printemps et à l’Automne est de quatre personnes. Ce qui signifie au passage 3 salaires à payer… Et pas mal de stress s’il n’y a pas beaucoup de clients, s’il fait mauvais temps ou bien si l’un des employés n’est pas là…

L’été, le nombre de personnes travaillant au café double. Car nous sommes ouverts tous les jours, de 9 à 21 heures.

Le nombre idéal de personnes travaillant pour un Food Truck est de 2. Et peu importe la saison.

Vous comprenez la différence?

Je ne parle pas d’argent. Je parle de ‘confort mental’ pour moi en tant que manager.

Voilà une des principales raisons pour laquelle l’idée du Food Truck m’a autant séduit.

 

Aller droit au but!

Quand je demande à mes amis comment ils voient mon métier, et quelles sont les taches à effectuer, la plupart me parlent évidemment de la préparation des plats et gateaux, de la relation avec les clients et des autres taches ‘secondaires’ comme faire les courses, nettoyer les tables, etc…

Ils sont en général loin du compte (mais je les aime malgré tout!).

Laissez-moi énumérer une liste non exhaustive des tâches au café:

  • Courses
  • Preparations
  • Entretien de notre terrasse et du jardin
  • Couper la pelouse
  • Achat et entretien des fleurs
  • Gestion des réservations
  • Nettoyer les tables à l’intérieur.
  • Nettoyer les tables à l’extérieur quand elles sont salles, et les sécher le matin car il y a eu de la rosée durant la nuit. Evidemment on sèche les chaises également
  • Nettoyer la cuisine, la boutique, le hall d’entrée, les toilettes et la salle. Surface totale = 100m2
  • Faire la vaisselle
  • Réapprovisionner les serviettes et papier toilette

Etcetera, etcetera…

Pour certaines de ces taches, il y a des solutions évidentes comme me faire livrer la nourriture ou acheter un robot pour passer l’aspirateur. Pour le reste on s’y colle!

Cependant, remarquez que la grande majorité de ces taches n’ont aucun rapport avec la cuisine!

 

A présent, les taches au Food Truck:

  • Courses
  • Preparations
  • Déplacer le véhicule chaque soir après le travail car il est interdit de rester à son emplacement durant la nuit. J’ai donc loué une place de parking à 5 minutes de l’emplacement de travail
  • Nettoyer la ‘cuisine’ et point vente (surface = environ 6m2)
  • Remplir les 20 litres du reservoir d’eau et jeter l’eau usagée
  • plus quelques taches secondaires comme remplir le conteneur de papier et jeter les poubelles (à vrai dire, ce sont des taches que l’on effectue également au café)

Bref, même en ayant certainement oublié certaines taches, vous constatez à quel point la masse de travail au camion est moindre que celle au café, ce qui me permet pour mon plus grand plaisir de me focaliser essentiellement sur la préparation de nos plats.

 

 

 

 

 

 

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